INTERVIEW – Holly R.

1 – Salut Holly ! Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut Marie ! Je suis Holly.R, auteur.ice de BD et tatoueu.r.se non binaire, au style faussement enfantin. Je suis une petite créature à la crinière rousse en pagaille, j’ai un chat noir et j’aime la cuisine et les légumes. 

Merci à Holly pour le partage de cette belle illustration !

2 – Quel est ton parcours ? Tu as suivi des études dans le but de devenir auteur de BD ?

J’ai d’abord effectué un bac STI Arts appliqués, puis j’ai fait 3 ans en école de restauration conservation d’œuvres d’art, pour terminer 2 ans dans une école de BD parisienne (école Jean Trubert). J’ai un parcours donc très artistique, pas forcément typique, mais j’ai fait un détour très formateur. Plus jeune je rêvais d’être animateur.ice ou auteur.ice de BD ou encore tatoueu.r.se, mais mes parents n’étant pas trop d’accord, iels ne m’ont pas laissé le choix entre architecte ou restaurateur. Fort heureusement, entre-temps j’ai fini par choisir ma voie.

3 – Avant de dessiner ta première BD éditée, tu as réalisé plusieurs fanzines. Que retiens-tu de cette expérience ?

Avant d’avoir enfin été édité, j’ai publié mes BD avec un collectif dans un blog et sur Facebook, et ces BD sont devenues des fanzines. Être avec un groupe de personnes bienveillantes m’a permis de beaucoup progresser, chercher ce que je souhaitais vraiment raconter, trouver un style, savoir à travers le public sur Internet (via publications et lives dessinés sur Youtube) ce qui les intéressait et ce qui m’amusait moi, ou me donnait envie de prendre la parole en plus de dessiner.  C’est comme ça que c’est devenu une évidence pour moi de parler de féminisme/queer/intersectionnel dans mes BD. Même si c’est parfois d’une façon détournée ou plus narrative. 

Bannière Facebook du collectif Bande de déchets – pour consulter leur blog, cliquer ici

4 – Comment Marion Amirganian, alors éditrice chez Delcourt, a repéré ton travail ?

Marion, l’éditrice de La Boîte de petit pois, a repéré mon travail grâce au blog du collectif et à notre succès sur Facebook. Car grâce à ces médias, nous avons été très créatif.ive.s, et on se lâchait bien. On faisait des choses peu conventionnelles à l’époque, on jouait beaucoup avec les nouveaux médias et les plateformes de réseaux sociaux, comme Youtube, on faisait des BD avec des gifs animés, pour parler de sujets sensibles et de façon moderne, etc. 

5 – Quelle a été ta réaction quand GiedRé a choisi tes dessins pour illustrer son enfance ?

J’ai été super content.e, ça m’a fait super plaisir qu’une personne très créative et rigolote ait pensé que mon style serait adapté à son histoire. J’ai été un peu abasourdi.e aussi. Mais d’une certaine manière c’est assez logique, je joue beaucoup sur mon dessin au style enfantin, simpliste, pour parler de sujets plus crus ou durs. Alors je me suis senti.e compris.e car c’est le style de Giedré également.

Le style de GiedRé, inimitable ! Crédits photo : Clément Halborn©
Allez écouter ses chansons, vous ne le regretterez pas !

6 – Combien de temps t’a-t-il fallu pour réaliser La Boîte de petits pois ? Quelles ont été les difficultés, les moments forts autour de cette création ?

Il m’a fallu environ 1 an et demi – 2 ans pour réaliser La Boîte de petit pois. La difficulté a été présente en partie à cause de Guy Delcourt et de la difficulté de communiquer avec les éditeur.ice.s. La maison d’édition a souhaité que j’utilise un papier très blanc pour faciliter la numérisation des planches, mais le papier le plus blanc avec un rendu correct du crayon de couleur était un papier Bristol. Un papier où il est plus difficile d’avoir des couleurs saturées, puis « monsieur Delcourt » trouvait mon dessin trop fade, donc j’avais comme directive de  rendre le travail plus contrasté et plus saturé. Ce qui demande donc encore plus de temps de travail. Puis plus tard il y a eu des problèmes de demande de retouches très tardive alors que les rough des planches avaient été validés 9 mois plus tôt et que les planches était quasiment terminées. Quelques heures avant l’impression, on m’a également demandé de redessiner des poules pour remplacer des moutons dans une case. La difficulté a aussi été de travailler autant en 2 ans pour une rémunération bien trop basse. Ma qualité de vie a été terrible pendant ces 2 années.

J’ai eu l’honneur de pouvoir voir les originaux de La Boîte de petits pois (émotion) !

7 – Tu es aussi tatoueur. Pourquoi t’être orienté dans ce domaine ?

Je me suis justement tourné.e vers le tatouage car la BD ne me permettait pas d’en vivre dignement, les revenus étant trop bas et les droits d’auteurs n’arrivant jamais. La reconnaissance des artiste/auteur étant ce qu’elle est (c’est-à-dire pas grand chose). Et  la BD ayant eu un trop petit succès, en partie à cause du manque de publicité réalisé par la maison d’édition et  comme les BD fleurissent très vite et les succès passent rapidement. Travailler 2 ans pour voir sa BD disparaître des librairies en quelques mois est assez déprimant, je ne vous le cache pas. Alors aimant énormément le tatouage depuis le lycée, je me suis dit qu’il était temps de faire une reconversion. C’est un job aux revenus plus stables, où l’on a un rapport très direct avec ses client.e.s, plus agréable, avec plus de reconnaissance et beaucoup moins de solitude. De plus ça me permet de faire mes petits dessins tranquillement, travailler autrement, voir du monde, et écouter les histoires des autres. 

Une sélection des tatouages d’Holly ! Crédits : Holly Rectum©

8 – Réalises-tu toujours des BD à côté ?

Je réalise encore de temps en temps de la BD ou de l’illustration. J’ai participé au tome 5 d’Axolot en 2021. Pendant le confinement j’avais fait une BD sur le Covid pour un festival qui avait eu lieu en virtuel. J’ai fait une BD sur Instagram sur une de mes opérations quand j’étais à l’hôpital. Mais j’avoue avoir beaucoup moins le temps depuis que je suis tatoueu.r.se.

Une des planches réalisées pour le tome 5 d’Axolot, en collaboration avec Grishniak ! Pour voir le travail de cet artiste, cliquez ici.

9 – Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui voudraient se lancer dans la bande dessinée ?

De ne pas attendre des éditeurs.ices pour faire de la BD. De ne pas mettre tous ses espoirs et sa carrière dans l’édition, car ce n’est pas parce que nos BD ne sont pas publiées qu’elles ne peuvent pas exister. Il existe maintenant d’autres médias, les webtoons, les réseaux sociaux, toujours les blogs, les fanzines et l’auto-édition. Et surtout si on veut entrer dans le monde de l’édition, se rapprocher ou adhérer à des associations d’auteurs.ices pour faire lire, ou vous faire conseiller sur vos contrats. Vous renseigner sur vos droits et ne pas céder vos œuvres si en contrepartie cela ne peut pas vous permettre de payer le loyer et les pâtes. Les éditeurs.ices profitent des jeunes auteurs.ices et du culte de la publication pour surproduire et gagner toujours plus. La vente de bandes dessinées augmente, le marché se porte bien mais les auteurs.ices se portent de plus en plus mal. Bref, ne vous laissez pas faire.

Merci beaucoup Holly pour cet entretien sans langue de bois ! Force et courage dans la suite de tes projets !

Publié par LaNeuviemeLecture

Passionnée de BD depuis l'enfance, libraire de vocation, il était pour moi évident de transmettre mon amour du neuvième art. C'est aujourd'hui chose faite avec la création de ce site !

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