INTERVIEW – Yatuu

1 – Bonjour Yatuu, peux-tu te présenter s’il te plaît ?

Je suis Yatuu, autrice de bandes dessinées. J’ai fait 6 albums BD publiés en maison d’édition qui parlent de sujets de société que j’ai eu besoin de dénoncer comme les stagiaires exploités, les problèmes de logement, le harcèlement de rue/ scolaire, les stéréotypes de genre… C’est des sujets assez sérieux mais j’ai choisi d’en parler avec de l’humour.
Je tiens depuis 2010 un blog qui s’appelle Yatuu.fr . Je l’alimente toujours en dessinant des petites BD de mon quotidien. C’est sur mon blog aussi que je dévoile des pages de ma BD qui est en cours.

2 – Comment es-tu venue à faire de la BD ?

À la base j’étais stagiaire en agences de publicité. J’ai enchaîné les stages, le boulot mal payé, être mal considérée, etc. Du coup c’est comme ça que j’ai commencé mon blog : en racontant mes déboires de stagiaire exploitée. Beaucoup de personnes s’y sont reconnues, j’ai reçu beaucoup de soutien, de témoignages, beaucoup de médias en ont parlé et se sont penchés sur ce sujet. (Il faut dire que j’étais une des rares à témoigner sur ce problème.) Puis j’ai eu l’opportunité de voir mes dessins publiés dans mon tout premier album BD qui s’appelle Moi 20 ans, diplômée, motivée… exploitée ! Comme c’est le métier dont je rêvais depuis toujours et que j’avais pu mettre un pied dedans, j’ai décidé de mettre les deux et de poursuivre ce rêve qui est de vivre du dessin. À l’heure actuelle je fais ça à plein temps, je suis heureuse de pouvoir dire que c’est mon métier principal.

3 – Quelles sont tes inspirations ?

Je lis principalement des mangas. Je suis très très fan du manga Ranma 1/2 de Rumiko Takahashi qui m’a beaucoup inspiré notamment pour l’humour. J’adore aussi Dragon Ball, Kenshin le vagabond. Je pourrais en citer plein mais ce sont ces trois mangas-là qui m’ont le plus inspiré je pense. 
Pour des œuvres plus récentes, j’ai beaucoup aimé le manga Arte, Reine d’Égypte, My Home Hero, Orange, Bakuman

Ranma, Dragon Ball, Kenshin le vagabond

4 – Ton blog fonctionnant, c’est là que tu t’es faite repérer par un éditeur chez 12 Bis. Peux-tu nous raconter cette rencontre ?

J’ai eu l’opportunité de témoigner dans Envoyé Spécial concernant ma vie de stagiaire exploitée. A la fin du reportage, le journaliste m’a conseillée de montrer mes dessins à des maisons d’édition. Il m’a donné le contact d’une maison d’édition qui éditera ma première bande dessinée. C’était une énorme surprise parce qu’à la base je n’avais pas pour objectif d’être éditée, j’avais abandonné ce rêve depuis des années. C’était donc un des plus beaux moments de ma vie 🙂

5 – L’aventure papier pouvait commencer ! Quels autres ouvrages as-tu réalisés par la suite ?

Après l’expérience des stagiaires j’ai parlé du mal-logement avec Génération mal-logée puis j’ai parlé du harcèlement scolaire avec Sasha, survivre au collège. J’ai ensuite parlé de harcèlement de rue avec Hé ! Mademoiselle et de stéréotypes de genres avec Pas mon genre !.

Bibliographie de Yatuu, riche en engagements

6 – Ce sont des BD très engagées. En quoi est-ce important pour toi de ce genre de sujets (harcèlement, crise du logement, etc.) ?

C’est important pour moi de parler de ces sujets, surtout avec de l’humour car ce sont des problématiques qui me tiennent à cœur. Cela me touche directement comme par exemple les stéréotypes de genre, on peut dire que c’est le sujet qui m’agace le plus en ce moment, de mettre les gens dans des cases en se référant juste à leur genre. Je pense que c’est une sorte d’exutoire pour moi d’en parler.

7 – Puis est arrivé le fameux projet d’Erika et les princes en détresse, qui devait être une BD papier, publiée au sein d’une maison d’édition. Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer toi-même, grâce au financement participatif ?

Erika et les princes en détresse avait intéressé une maison d’édition mais 2 facteurs ont fait que j’ai préféré m’occuper de tout moi-même. Le premier est la condition précaire. Sur un livre, l’auteur touche en moyenne 8-10% sur le prix d’un livre à condition que les ventes remboursent l’à-valoir qu’a donné l’éditeur, ce qui arrive rarement. La première fois que j’ai « reçu » des droits d’auteur, c’était pour mon tout premier livre, au moins 5 ans après sa parution. Le montant était de 20€ que j’ai même pas pu toucher car le seuil pour toucher les droits d’auteur devait être de 100€  minimum… Mon but ultime était de vivre de la bande dessinée exclusivement et clairement je savais que ça n’allait toujours pas être le cas dans ces conditions. 
Le deuxième point est la forme qu’aurait dû prendre Erika et les princes en détresse. L’éditeur voulait le faire en seul tome et moi clairement ce n’est pas du tout ça que j’avais en tête. J’avais développé tout un univers, tellement que je ne me voyais pas le faire en un seul volume ou alors il fallait repenser toute l’histoire pour que ça tienne. Et même s’il avait accepté de le faire en plusieurs tomes, l’éditeur a tous les pouvoirs sur le livre, il peut décider à quel tome se finira l’histoire et couper court à tout développement. J’imagine que certaines maisons d’édition sont contraintes de faire cela notamment à cause de problèmes financiers par exemple. Mais moi personnellement je n’étais pas prête à prendre le risque que cela m’arrive.
C’était pas une décision simple à prendre mais j’ai décidé de poursuivre moi-même en auto-édition et je ne le regrette absolument pas.

Erika et les princes en détresses, disponibles sur https://shop.yatuu.fr

8 – Pourquoi Ulule et pas une autre plateforme ?

Ulule est une plateforme française, c’était naturel pour moi de choisir cette plateforme. J’ai l’impression aussi qu’il y a davantage de projet BD sur Ulule que sur les autres plateformes.

https://fr.ulule.com/

9 – Tu travailles désormais à ton compte. Quels sont les avantages qui t’ont permis de rester dans cette voie-là ? Y trouves-tu aussi des inconvénients ?

J’ai la totale liberté de créer ma BD comme je l’entends et ça c’est vraiment super, je peux décider de tout de A à Z sans avoir besoin de validation par une entité supérieure. Je me fais vraiment plaisir quand je créé Erika et les princes en détresse, tout ce que j’écris vient des tripes ! Et surtout, mon objectif ultime qui était de vivre à plein temps de la BD est atteint grâce à l’auto-édition, grâce surtout à toute la communauté de personnes qui me soutiennent de près ou de loin dans cette aventure incroyable.
Pour les inconvénients je dirais l’attente. L’attente du côté des lecteurs dans le fait que les albums auto-édités prennent plus de temps à paraître car on est juste deux à s’occuper de toute la logistique. Après on va dire que c’est une bonne attente ^^ Le stockage est une grosse problématique aussi. La quantité de livres est assez importante, il faut trouver un endroit où les stocker.

10 – Tu t’y retrouves au niveau financier ? Qu’est-ce qui te permet plus de vivre ? Tipeee, par exemple ?

Je vis grâce à Tipeee oui, grâce à la générosité de donatrices et donateurs qui me soutiennent de façon mensuelle ou unique. Je propose différentes contreparties pour les remercier, je suis d’ailleurs en ce moment en train de repenser à une toute nouvelle contrepartie, qui, je l’espère, plaira au tipeurs. 

https://fr.tipeee.com/

11 – Quels conseils donnerais-tu à d’autres artistes qui voudraient se lancer dans l’aventure de l’auto-édition ?

De bien estimer les coûts en amont pour éviter les mauvaises surprises. Ne pas hésiter à demander à droite et à gauche que ce soit pour l’impression ou les goodies.  J’aurai tendance à dire de tout prévoir à l’avance pour être un maximum prêt le jour J. 


Merci beaucoup Yatuu pour cet échange. Bonne continuation à toi, longue vie à Erika !

Publié par LaNeuviemeLecture

Passionnée de BD depuis l'enfance, libraire de vocation, il était pour moi évident de transmettre mon amour du neuvième art. C'est aujourd'hui chose faite avec la création de ce site !

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